Le Bánh-Mì – Place Dupuy


ON S'Y REJOINT ? - adresses toulousaines


© Mona
Ça me prend en fin de matinée, le petit déjeuner loin derrière, la pause de 10h30 déjà oubliée, quand la première sensation de faim porte à la bouche les éclats de cacahuètes, la puissance végétale de la coriandre et le sucré picotant de la sauce nem. En hiver, c'est plutôt le caramel du poulet gingembre. Mon emploi du temps, généralement serré, devient soudain très élastique.
Vulnérabilité de l'esprit soumis aux papilles ! Place Dupuy, donc. Il s'agit d'ouvrir l'œil. En marchant au début de la fourche, face à la Halle aux Grains, le Bánh-Mì est tapi discrètement sur la gauche. Porte coulissante, et tout de suite, la minuscule cuisine à vue et ses pièges sensoriels – ça s'entend, ça se sent, ça se mange du bout du nez, et tout un programme s'effondre. Il m'arrive de repartir avec deux repas différents, faute de pouvoir choisir ("Ce sera pour ce soir"). Dès le seuil, le dos du client précédent fixe la durée de ma patience. Compter les gourmands, évaluer l'attente, mais partir, jamais (en vérité j'ai déjà acquis le toc classique des habitués : arriver le plus tôt possible dans l'ambition d'être la première, pressée et inquiète comme une vieille dame).

© Mona
L'attente fait pourtant partie des règles. Tout ici est fait maison, sous vos yeux, préparé du matin pour le midi. Même les nems, fait rarissime – ce qui explique le poil plus cher. La file des commandes laisse le temps de choisir, face au tableau noir. Les formules sont simples, c'est un boui-boui street-food qui conditionne à revenir, à identifier sa salade favorite, son bento préféré. Une innocente échoppe qui fidélise, à l'insu de votre plein gré. Si vous n'aimez rien tant que la Bò Bún, essayez tout de même l'une des variantes proposées. La Bún Thịt Nướng, au porc grillé, reste le principal piège printanier et me fait réaliser de fous détours hors des trajectoires prévues. Pour les végé- et flexitariens, du tofu, des crevettes, du saumon.
Avec beaucoup de chance vous pouvez espérer vous y asseoir – les habitués savent qu'un coup de téléphone fait des miracles et peut leur assurer une petite place, en haut des marches, sous la lumière naturelle d'une verrière. L'approche plus classique consiste à repartir avec son trésor dans une poche en kraft. Au moment où ces lignes s'écrivent, je n'ai pas su renoncer à mes habitudes pour goûter le sandwich traditionnel qui donne son nom au lieu. Cette alliance de pain frais et de garniture vietnamienne serait pourtant à tenter.

Manon Ona