Maryline Vaurs


BACKSTAGE - portraits sauvages


Attention, voltage haut.
Maryline ne travaille pas sur le devant de nos scènes (quoique, vous pourriez la surprendre en pleine lecture, souvent en militante compagnie et sur des textes bien troussés). Elle s'emploie à faire bouger les lignes du milieu culturel régional. Je pourrais utiliser la formule consacrée – elle travaille dans l'ombre – mais ces mots sonneraient faux. Ses coups de gueule et de cœur ont trop de feu. La créature est du genre solaire, de ce soleil brûlant qu'elle adore, sous lequel elle s'épanouit, pour ensuite grogner durant six mois contre le froid et le manque de lumière. Maryline sautillerait en tongs sous le zénith chaque jour de l'année. Cette bestiole ne souffrira pas du réchauffement climatique, quand tous les platanes auront cramé vous la verrez imiter les chorégraphies de Dirty Dancing en mini-short sous un cactus, une grenadine à la main.
Journées du Matrimoine © Mona
Le combat de Maryline ? Faire avancer le brontosaure de la Culture. Il ne danse pas encore le Madison, mais les nouvelles générations d'artistes ont complètement intégré la notion de parité, et quand on les voit au travail, c'est flagrant. Pour elle, ça commence à faire un moment. Dès 2012, elle crée avec une poignée de motivé•e•s une antenne régionale au mouvement HF, qui milite pour l'égalité femmes-hommes dans la culture. Et n'allez pas lui dire, d'une parole étourdie, que le milieu artistique est des plus progressistes. Ou plutôt si, faites-le, après tout c'est l'objectif même : rectifier les fausses impressions, montrer les tristes chiffres, poursuivre l'éveil des consciences, ne pas laisser le progrès s'assoupir dans cette illusion de victoire qui aura suivi le choc médiatique Me-Too. Diverses actions sont mises en place par ce mouvement, les Journées du Matrimoine par exemple, à qui je dois des découvertes comme Charlotte Delbo, si tardivement sortie de la confidentialité. Maryline fait partie des femmes et des hommes qui m'ont permis d'aller vers un féminisme réflexif – au-delà du simple mot et de cet acquis que des personnes éduquées dans les valeurs de gauche croient détenir, sans l'approfondir, sans le mettre à l'épreuve des gestes et réflexes quotidiens.
Dans le noir des théâtres, notamment au Grand Rond où elle travaille, vous entendrez peut-être retentir le rire de Maryline. Du pain bénit pour les artistes angoissé•e•s et de quoi décoincer une salle en un rien de temps. Au bout de son tourbillon quotidien, pour partie consacré aux partenariats avec des structures culturelles et à la visibilité des compagnies régionales, vous aurez toutes les chances de la trouver à son QG détente, le Petit London. Jambes relevées sur un siège, vous l'entendrez alors soupirer avec ostentation, prête à s'écrouler sous vos yeux – "je suis au bout de ma vie". Maryline manie les hyperboles comme d'autres les euphémismes, c'est une personne tranchée. Elle a les coups de barre de qui ne s'économise pas.
Cet hiver, elle part se griller au soleil d'Amérique du Sud. Autant vous dire que ce petit générateur d'idées va nous revenir sacrément rechargé !

Manon Ona