Olivier Jeannelle


BACKSTAGE - portraits sauvages


S’il vous trouve à son cœur, Olivier vous appelle camarade !, car tout en lui se rejoint – l’amitié, l’humanisme, l’espoir de ne pas assister à l’implosion du monde et du bonheur, et d’y contribuer minusculement chaque jour à sa mesure, entre autres par ce corazón offert du bout des lèvres, cette apostrophe très ancrée, camarade !, qui sent l’amour et le respect. Sa compagnie s’appelle Le Bruit des Gens, tout se tient.
Certains soirs de conversation feutrée, Olivier et son épouse Cécile sortent de leur cave de ces très humains vins des Corbières qui vous font boire le soleil. On mange le sud et c’est lui qui cuisine, italien ou espagnol, ses tropismes artistiques contaminent sa vie et plus d’une fois j’ai eu le plaisir d’enrouler autour de ma fourchette les pasta de Pino (qu’il cuisine sur scène dans la pièce Nunzio). On parle alors théâtre, cinéma et littérature. Sa bibliothèque tapisse les murs, un nombre incroyable de pièces de théâtre entoure la vie de ce metteur en scène et comédien. Olivier n’écrit pas, il chérit les plumes, essentiellement des XXe et XXIe siècles pour ce qui concerne ses créations. C’est un grand curieux des choses présentes, un vrai dévoreur. Je n’ai jamais quitté l’une de nos conversations sans des recommandations de lecture ou un pavé tiré de ses étagères. Six mois après, je le lui rends – merci, camarade !

© Mona - résidence à Gaillac sur Ay, Carmela !

Olivier Jeannelle est aussi un homme qui s’émeut XXL, un épidermique qui se retape l’âme devant les concerts de Jacques Higelin ou d’Hubert-Félix Thiéfaine. Il chante « A ton étoile » la boule au ventre, la voix humide. Merci, camarades…
Je l’ai connu en santiags, jambes nues sous un long manteau, envoyant La Secrète obscénité de tous les jours avec Laurent Pérez, compagnon d’une belle page artistique (L’Émetteur compagnie). Je me rappelle ce duo d’hommes, la discussion qui avait suivi, quelques semaines après, une fois signé l’un de mes premiers articles critiques. Sa vie d’artiste a débuté longtemps avant, je ne rends compte que de la dernière décennie. Le voir passer devant ou derrière la scène (il s’y trouvait déjà du temps où il assistait Didier Carette), auprès de Jean-Louis Hébré, Denis Rey et bien sûr celle qui hante sa vie, Cécile Carles. Le voir passer (en désordre) de Tchekhov à Spiro Scimone, de Kroetz à Valletti, évoquer Bond, explorer Marivaux, sans compter toutes les plumes traversées par ses cours à Léda ou les ateliers de création menés au TPN (son cher Koltès vers lequel il revient cette année, Mouawad, Massini, Lorca l'an passé…).
La saison 2019-2020 sera à l’heure espagnole, avec Sinisterra – ça sent la chiffonnade de Serrano sur goulée de rioja.

Manon Ona