BÉBERT ET L'OMNIBUS - YVES ROBERT (1963)

DANS LE RÉTRO - souvenirs et autres madeleines



©collection Christophel


VERNEUIL-L'ETANG : TOUT LE MONDE DESCEND !


Vous vous souvenez de la réplique : « Ah ben mon vieux, si j’aurais su, j’aurais pas venu » ? Elle était prononcée par Martin Lartigue alias Petit Gibus, dans le film La Guerre des boutons d’Yves Robert en 1962. Un an après, Yves Robert fait du même Petit Gibus le héros principal de Bébert et L’Omnibus face à un casting d’adultes des plus populaires à cette époque – seconds rôles compris : Michel Serrault, Jean Richard, Pierre Mondy, Jean Lefebvre, Blanchette Brunoy, Pierre Tornade, Christian Marin, les inséparables Grosso et Modo, Yves Robert lui-même et un Jacques Higelin tout juste âgé de 20 ans ! Le film a pris, certes, un petit coup de vieux : on y prend l’omnibus, on se rend à La Samaritaine, on y menace les enfants du croque-mitaine, on y rêve de feu de Bengale, on y croise des 403 de la Gendarmerie nationale, quant à Bébert, gamin de 8 ans en culottes courtes et coiffé d’un béret, cela fait bien longtemps qu’on n'entend plus ce diminutif dans les cours d’école de France. Et puis, autres temps, autres mœurs : dans ces années yéyé, les filles pas farouches, à choucroute et jupe amidonnée se font siffler par les garçons. … Des signes temporels qui lui confèrent un charme suranné mais ne nuisent nullement à sa vision grâce notamment à ses nombreux rebondissements et situations fantaisistes, ses chassés-croisés cocasses et grâce surtout à la bouille et les réparties désarmantes de Petit Gibus dont le regard ingénu et rêveur sur le monde est lui universel. Bébert et L’Omnibus c’est un peu le pendant masculin de Zazie dans le métro sorti trois ans auparavant : un enfant espiègle, insupportable et attachant qui a le don de retourner sens dessus dessous le monde des adultes ! 


A la veille d’un départ en grandes vacances, une famille nombreuse de Seine-et-Marne, fait ses emplettes à Paris, à La Samar. Histoire de donner un rendez-vous galant à une employée à la fermeture du grand magasin, l’ainé de la tribu, Tiennot (Jacques Higelin) imagine prolonger son séjour à Paris et prendre le dernier train de retour, grâce à un stratagème dont l’alibi n’est autre que son cadet, Bébert. Mais ce dernier faisant les frais de la négligence de son coureur de jupons de frangin, se retrouvera livré à lui-même, perdu en zone périurbaine. Lancés alors à sa recherche, le grand frère en question et le père (Jean Richard) se croiseront dans un road-movie seine-et-marnais nocturne – l’un en vélo, l’autre en auto-stop – tandis que de son côté, Bébert sèmera à lui tout seul la zizanie dans une gare de banlieue, perturbant joyeusement les services publics, la SNCF, tout comme les représentants de l’Etat, la Gendarmerie nationale : autant d’adultes à uniformes respectables soumis à ses caprices et qui seront amenés à dévoiler leur âme d’enfant. Une des scènes les plus mémorables voit l’inspecteur des transports (Michel Serrault) et le chef de gare de Verneuil-l’Etang (Pierre Mondy) obligés par Bébert pour avoir la paix, à faire tourner en pleine nuit manuellement un manège éteint, allant même jusqu’à pousser la chansonnette pour imiter la musique du carrousel. 
La réussite de Bébert et L'Omnibus réside dans un double intérêt : il y dépeint un monde à hauteur d’enfant avec tout ce qu’il y a de facétie, de rêves gourmands, de fascination pour les locomotives à vapeur, d’infraction aux codes des grandes personnes et de peur des uniformes, tout en constituant une vision documentée de la France des années 60. Entre le burlesque à la Jacques Tati et la gouaille de Zazie dans le métro, le film d’Yves Robert se regarde avec un plaisir empreint de nostalgie et de tendresse, pétillant comme le Coco Boer et réconfortant comme le Roudoudou. Avec en prime, une apparition de Tsilla Chelton, la future et culte Tatie Danielle des années 90. 

Sarah Authesserre



Bébert et L’Omnibus de Yves Robert, d’après l’œuvre de François Boyer

Distribution : Martin Lartigue, Blanchette Brunoy, Jean Richard, Jacques Higelin, Pierre Mondy, Christian Marin, Michel Serrault, Jean Lefebvre, Pierre Torande,Yves Robert, Michel Modo, Guy Grosso, Albert Rémy, Tsilla Chelton…